Tennis
Wimbledon

    Nadal K.O. debout

    Rafael Nadal ne s'attendait pas à pareille désillusion. (Reuters)

    Nadal K.O. debout

    Jeudi 28 juin 2012 | 23h06

    Enorme sensation jeudi soir à Wimbledon, où Rafael Nadal a été battu par Lukas Rosol dès le deuxième tour de la troisième levée du Grand Chelem de la saison. L'Espagnol a cédé face à la puissance du Tchèque, 100e joueur mondial, qui n'a pas tremblé malgré l'interruption d'une demi-heure quand il a fallu déplier le toit pour disputer un cinquième set (6-7, 6-4, 6-4, 2-6, 6-4). Le n°2 mondial est sorti complètement sonné du Centre court.

    Rafael Nadal éliminé par Lukas Rosol à Wimbledon, en voilà un pronostic qui aurait valu une petite mise chez les bookmakers ce jeudi matin. Sur le court, l'idée a fait son chemin jusqu'à ce qu'elle accouche d'une immense sensation en fin de soirée, la défaite de l'Espagnol contre un joueur classé à la 100e place mondiale, soit la pire contre-performance du Majorquin dans un tournoi du Grand Chelem. La dernière fois qu'il avait connu un couac du même ordre, c'était déjà sur gazon, au Queen's en 2007, contre un certain Nicolas Mahut. Mais cette fois-ci il s'agissait d'un match au meilleur des cinq sets et en cela la performance du Tchèque, complètement abasourdi après avoir claqué l'ace de la victoire, est assez phénoménale.

    Rosol, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est une sorte de "Söderling du pauvre". Et quand on sait les misères que le Suédois a déjà causées à l'Ibère... Service puissant, jeu à plat, grande préparation de coup droit, le Tchèque a les mêmes armes que celui qui tente de soigner une mononucléose depuis de longs mois. Il s'en est servi à merveille pour malmener un Nadal dont les hésitations aperçues lors de son premier match étaient bien le signe d'un niveau de jeu assez moyen. Mais le double vainqueur du tournoi, en 2008 et 2010, avait souvent éprouvé quelques difficultés au démarrage sur le gazon londonien, avant de se montrer irrésistible. Rosol ne lui a pas laissé le temps de monter en régime.

    Rosol ne connaît pas la pression

    Le héros du jour aurait même pu plier l'affaire en trois sets s'il avait converti une de ses quatre balles de premier set dans le jeu décisif. Mais Nadal, à force d'abnégation, s'était offert un sursis (6-7 [9]). Loin d'accuser le coup, Rosol en mettait un peu plus encore dans chacune de ses frappes de balle et ses missiles envoyés de sa ligne de fond de court faisaient à chaque fois un peu plus mal à un Nadal sans doute surpris de la valeur de son adversaire. Surtout, alors qu'il aurait pu ressentir de la pression dans les moments clés, le natif de Brno ne montrait rien de ses émotions quand il s'agissait de conclure. Les deuxième et troisième sets en poche (6-4, 6-4), voilà que des frissons commençaient à parcourir les gradins du court central. Et pas seulement en raison de la fraîcheur ambiante.

    Combattant dans l'âme, l'Espagnol profitait d'une petite baisse de régime dans le camp d'en face pour remettre les compteurs à zéro à l'issue d'une quatrième manche moins intense (2-6). S'en suivait une interruption d'une grosse demi-heure pour permettre au toit de recouvrir le Centre court et d'éclairer un court plongé dans l'obscurité aux environs de 21 heures (22h en France). Qui allait mieux gérer ce moment de répit ? Le plus expérimenté des deux joueurs ou l'outsider décomplexé ? Force est de constater que le Tchèque est revenu sur le court comme un mort de faim, prêt à mordre dans la balle et c'est lui qui, dès le premier jeu, allait réussir le break décisif. Jamais son bras ne tremblera au moment de porter le coup fatal, au contraire, Rosol remportait ses jeux de service haut la main, multipliant aces et coups gagnants (65 au total). Sur un énième service qu'il ne réussissait pas à retourner, Nadal capitulait, contre, il faut le dire, plus fort que lui ce jeudi.

    Après une campagne sur terre battue très riche en titres, la saison sur herbe de l'Espagnol, battu par Kohlschreiber en quarts à Halle, n'avait pas été aussi catastrophique depuis des lustres (2 victoires, 2 défaites). S'il aura l'occasion de se rattraper, ici-même, lors des Jeux Olympiques, le gaucher de Manacor avait quand même atteint la finale de Wimbledon lors de ses cinq dernières participations, dont deux conclues sur un succès. Pour Rosol, qui retrouvera justement Kohlschreiber au troisième tour, l'exploit était difficile à analyser quelques minutes seulement après être sorti de l'arène. "C'est un miracle, reconnaissait-il les yeux grands ouverts. Je ne pensais jamais pouvoir réaliser quelque chose de la sorte, ni jouer à ce niveau-là. Ce fut un match complètement fou." Puis d'un fair-play sans doute apprécié de l'autre côté de la Manche, le Tchèque avouait être "déçu pour lui" (Nadal), tout en estimant avoir été "le meilleur" aujourd'hui. A juste titre.

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